L’égalité homme-femme

On peut s’attendre à ce que l’application de l’AFE fasse baisser les coûts des échanges de façon substantielle au plan national. Il est important d’adopter une perspective sectorielle comme point de départ si l’on veut comprendre les répercussions potentielles que cet impact peut avoir sur l’égalité homme-femme. L’AFE peut entraîner la croissance des secteurs exportateurs d’une économie à travers la baisse des frais de transaction associés aux exportations. Dans de nombreux pays africains, ces secteurs sont des composants essentiels de la filière agricole (notamment les cultures d’exportation comme le coton, le café et le cacao), et de la filière textiles et vêtements. Ces deux filières dépendent de la main d’œuvre féminine, déclarée et non déclarée. Il est vraisemblable qu’une expansion de ces secteurs soit corrélée à une augmentation de la demande de main d’œuvre féminine, et même, potentiellement, à une pression à la hausse sur les salaires féminins. Il va de soi que l’excèdent de main d’œuvre sur le marché du travail local constitue une variable importante qui a un impact sur cette corrélation: s’il existe un grand réservoir de femmes au chômage ou en situation de sous-emploi qui, potentiellement, peuvent rejoindre la population active, les conséquences de la croissance sectorielle se feront sentir plutôt à travers une baisse du chômage que par une hausse des salaires. La nature souterraine de ce secteur de l’économie est une autre caractéristique qui peut avoir un impact sur les modalités pratiques de ce mécanisme: les femmes qui travaillent sans être déclarées bénéficient de moins de protection. Elles représentent une partie particulièrement vulnérable de la population. L’amélioration des conditions est donc loin d’être garantie. Il sera vital que les organisations de défense des travailleurs travaillent en commun avec ces populations pour faire respecter les règlements nationaux.

Il va de soi que c’est le contraire qui se passe pour les femmes dans les branches de l’économie qui subissent la concurrence des importations – branches qui souvent englobent d’autres secteurs agricoles en Afrique, notamment le riz en Afrique de l’Ouest. Une des conséquences d’une plus grande facilitation des échanges sera la concurrence accrue des importations. Cet effet à son tour pourrait engendrer une contraction des secteurs concernés, et une chute de la demande de main d’œuvre féminine. Tout ceci pourrait se traduire par du chômage ou par des salaires en baisse.

Par ailleurs, un certain nombre de femmes interviennent directement dans le processus commercial en tant que commerçantes ou marchandes transfrontalières non déclarées. En général, elles transportent de petits chargements mais elles jouent un rôle important en reliant des zones où l’offre est pléthorique avec des zones où la demande est très forte, par-delà les frontières souvent poreuses en Afrique. Les échanges non déclarés représentent plus de la moitié du total des échanges dans certains pays, selon les meilleures estimations, et le poids des femmes dans ce chiffre est important. La mise en œuvre de l’AFE aura un impact sur les facteurs qui incitent les commerçants à effectuer des transactions non déclarées: plus de transparence et une meilleure gouvernance, par exemple, diminueront la tentation et inciteront les marchands à réaliser des opérations commerciales déclarées. Il faudra veiller à ce que les commerçantes et marchandes transfrontalières du secteur informel aient accès à la formation et à l’information pour les accompagner dans leur transition vers le secteur formel de l’économie, tout en reconnaissant la persistance probable des échanges non déclarés dans certaines zones, lesquels jouent, en effet, un rôle utile en facilitant des transactions que des procédures administratives encombrantes dissuadent. Les femmes représentent un groupe vulnérable qui nécessitera une attention et une assistance particulières au cours de la mise en œuvre de l’AFE par les pays africains.