La pauvreté

Comme pour l’égalité homme-femme, l’impact sur la pauvreté des réformes dans le domaine des échanges – y compris l’AFE – a besoin d’être analysé au niveau microéconomique. L’impact sur la pauvreté peut être très localisé. Il peut être positif ou négatif, même si l’impact global sur un pays est fortement positif. En effet, les données empiriques disponibles font penser que des mesures visant à réduire les coûts des échanges (y compris la facilitation des échanges, bien que l’AFE n’ait pas été modélisé spécifiquement pour ses répercussions sur la pauvreté) peuvent faire baisser globalement l’indice numérique de pauvreté d’un pays. L’argument en faveur de la mise en œuvre de telles politiques est donc fort sur le plan des principes. Néanmoins, les répercussions locales ont de l’importance s’agissant de la vie économique et sociale des pauvres. Il est donc vital de se pencher sur les mécanismes clés à travers lesquels l’AFE pourrait avoir un impact sur la pauvreté.

Essentiellement, la question de savoir si un ménage bénéficie ou non de la mise en œuvre de mesures telles qu’elles sont prévues par l’AFE dépend de son modèle précis de production et de consommation. Par exemple, les producteurs nets de produits d’exportation bénéficient d’une plus grande facilitation des échanges, car celle-ci augmente leur revenu en réduisant l’écart entre les prix à la production et les cours mondiaux. Par contre, la situation des consommateurs nets de produits exportés peut s’en ressentir : lorsque la production des produits d’exportation s’envole, les prix sur le marché intérieur augmentent, ce qui réduit les possibilités de consommation de ces ménages.

Une dichotomie similaire se manifeste dans le cas des marchandises exposées à la concurrence des importations, même si, cette fois, la perspective est inversée. Dans ce cas, ce sont les consommateurs nets qui profitent d’une plus grande facilitation des échanges, ce qui fait baisser les prix. Les producteurs nets, par contre, souffrent.

Il est nécessaire d’analyser la somme de tous ces effets microéconomiques sur le panier de production et le panier de consommation d’un ménage dans leur intégralité, si l’on veut saisir l’impact global. L’enseignement général que l’on peut en tirer est que, même si la facilitation des échanges a généralement un effet positif et fait reculer la pauvreté au plan local, les modèles de consommation et de production (tirés par l’avantage comparatif) diffèrent d’une région à l’autre à l’intérieur d’un même pays, de sorte que les effets microéconomiques peuvent parfois rester négatifs. On peut défendre avec raison la nécessité d’entreprendre une analyse approfondie de ces effets microéconomiques avant d’entreprendre les réformes. Il faudra aussi veiller à ce que des filets de protection soient en place – même avec des mailles grossières – pour garantir que les ménages vulnérables ne subissent pas une détérioration de leur position économique.